Le projet de reprise de SFR par Orange, Bouygues Telecom et Free fait désormais peser une inquiétude chiffrée sur l’emploi. Les syndicats estiment que jusqu’à 4 500 postes pourraient être menacés, malgré un engagement de maintien des 7 800 emplois jusqu’en 2029. Le dossier reste conditionné au feu vert des autorités de concurrence, mais il dessine déjà une profonde recomposition du marché télécom français.
3 300 postes transférés, 4 500 dans l’incertitude
La réunion organisée au siège d’Altice France, maison mère de SFR, a mis face à face les représentants du personnel et les dirigeants des trois repreneurs potentiels. D’après Le Figaro, près de 500 salariés ont manifesté sur place, dans un climat tendu, quinze jours après la signature du protocole d’entente sur la vente de l’opérateur.
Les syndicats redoutent que le démantèlement de SFR crée de nombreux doublons une fois les activités réparties entre Orange, Bouygues Telecom et Free. Leur calcul aboutit à environ 4 500 emplois menacés sur les 7 800 salariés liés à l’opérateur et à ses entités. À ce stade, environ 3 300 à 3 400 postes auraient une perspective de transfert identifiée vers l’un des repreneurs.
Les salariés restants se trouvent au cœur des interrogations. Ils relèvent notamment des activités grand public, des fonctions support, des systèmes d’information, du réseau ou encore des boutiques qui ne seraient pas reprises. L’engagement évoqué jusqu’en 2029 ne dissipe donc pas les inquiétudes sur l’après-transition.
120 boutiques reprises sur 380
Le réseau physique de SFR apparaît comme l’un des points les plus sensibles. Selon les éléments rapportés par Le Figaro, chaque opérateur repreneur se serait engagé à reprendre 40 boutiques. Au total, 120 points de vente seraient donc conservés sur les 380 que compte le réseau SFR.
Cette répartition représenterait environ 600 salariés, d’après l’estimation syndicale citée dans le dossier. Elle laisserait en revanche une large part du réseau commercial sans solution clairement établie à ce stade. Pour les abonnés mobile et internet, l’enjeu immédiat ne porte pas sur une modification annoncée des offres, mais sur l’organisation future du service commercial et de la relation client.
SFR Business vers Bouygues, RED vers Free
La répartition envisagée des activités donne une première idée du futur paysage. SFR Business, qui emploie environ 2 400 salariés, rejoindrait Bouygues Telecom à la clôture de l’accord. La marque RED by SFR, positionnée sur les offres sans engagement, basculerait du côté de Free avec un peu plus d’une cinquantaine de salariés. Les activités liées aux opérateurs virtuels de SFR, qui concernent environ 240 personnes, seraient reprises par Orange.
Cette ventilation montre que le projet ne se limiterait pas à un simple changement d’actionnaire. Il organiserait une dispersion des actifs de SFR entre ses trois principaux concurrents. SFR Business, RED, les opérateurs virtuels et une partie des boutiques changeraient ainsi de camp, tandis qu’une partie importante des équipes resterait sans affectation certaine dans le schéma présenté.
Un autre sujet d’inquiétude concerne Altice Technical Services. Cette filiale n’est pas incluse dans l’opération, mais elle dépend fortement de l’activité de SFR. Son avenir pourrait donc être fragilisé indirectement par la réorganisation du groupe, même si elle se situe en dehors du périmètre de reprise décrit pour l’opérateur.
Le projet reste suspendu aux décisions des autorités de concurrence. Mais, pour les salariés de SFR, le débat social est déjà ouvert : derrière la recomposition industrielle du marché français des télécoms, la question centrale est désormais celle du nombre de postes réellement préservés au-delà de 2029.


